Elle étouffe désespérément le bruit de ses larmes.
« Comment ? » hoquète t-elle, sans oser regarder Thomas.
« Je ne vais pas te faire un dessin, » répond-il d'une voix amère.
« Mais...p-pourquoi lui ? »
« Et toi ? Pourquoi moi ? »
Elle mord sa lèvre quand un sanglot plus lourd lui échappe.
« Je t'ai entendue dans le train, » fait Thomas d'une voix douce.
« Pourquoi lui, » redemande t-elle, sentant ses joues brûler.
« Je ne sais pas. Pourquoi pas ? »
Il y a un léger cliquetis, celui des doigts de Thomas qui touchent ses médiators. Hélène frissonne. Elle déteste ce bruit, à présent.
« Pourquoi lui ? Tu as des tonnes de filles à tes pieds, des tonnes de relations, et tu n'aimes que celui que tu ne peux pas aimer ! » réplique Hélène avec rage.
« Qui a décidé que je ne pouvais pas l'aimer ? »
« Tu es amoureux de lui, » souffle t-elle, et ce n'est même pas une question.
« Oui. »
Les larmes roulent sur les joues d'Hélène, et ses cheveux viennent se coller à sa peau humide.
« C-comment ? Quand ? »
« Quand on avait douze ans, on passait beaucoup plus de temps ensemble que maintenant....en même temps, c'est pas dur, » ajoute Thomas avec un petit rire sec. « et petit à petit...j'ai voulu être son ami, puis son meilleur ami, et enfin, son "petit ami"... »
« Et Bill ? » renifle Hélène, curieuse et impressionnée malgré elle.
« Bill ? Il sait tout, je pense, de toute façon il sait tout de Tom. Je ne sais pas trop. La seule qualité qu'il me trouve est d'être fan de son groupe. »
La curiosité ronge Hélène. Elle entoure ses genoux de ses bras, posant son menton dessus. Elle regarde Thomas en coin. Ce dernier a les yeux baissés, le regard un peu dans le vague. Timidement, elle tend une main, et effleure les médiators autour de son cou, caressant très légèrement la peau de la gorge de Thomas.
Comprenant son geste, il détache ses colliers, et les pose sur sa cuisse. Elle remue les petits objets du bout des doigts, caressant la clé usée, relevant des yeux rouges et gonflé mais interrogateurs vers Thomas.
« C'est une clé de la guitare qui a été cassée sur le clip de Schrei... »
« Tu étais sur le tournage ? »
« Mmh. Ouais. Je suis un de le multitude de gars alcoolisés. »
(Hélène note dans un coin de sa tête, malgré elle, et se promet de regarder le clip dès qu'elle sera rentrée chez elle)
« Et...et Tom ? Il t'aime ? »
Thomas la regarde derrière ses cheveux, un sourire un peu incrédule aux lèvres.
« Bien sûr que non. »
« Ah. »
Il rattache ses colliers autour de son cou, dans un geste rapide.
« Alors, » résume Hélène, la voix un peu tremblante, « tu l'aimes, il ne t'aime pas, et tu accours dans son lit dès qu'il t'appelle. »
« Non. Pas vraiment. C'est toujours pareil. Il m'envoie l'adresse de l'hôtel, et si j'y dors, je vais le voir. »
« Et...comment tu arrives à avoir une chambre dans leur hôtel ? »
Hélène repasse dans sa tête la scène de la veille, et le mouvement maîtrisé de Thomas tirant sa carte d'identité de son sac. Il y a quelque chose avec son nom, et avec son père, aussi... »
« Mon père se charge de la réservation et du paiement. »
« Hmm... »
Elle sent que quelque chose lui échappe.
« Je ne comprend pas, » commence t-elle d'une voix lente, un peu éraillée par les larmes, « même si c'est ton père qui fait la réservation, ils font attention aux locataires de l'hôtel quand les Tokio Hotel sont là, non ? Et il faut le faire pour obtenir une chambre le jour même dans un hôtel pareil... »
Thomas a l'air un peu mal à l'aise. Il garde la bouche ouverte, prêt à lui couper la parole. Mais il laisse Hélène parler.
« Ton père n'est pas n'importe qui. Ton nom n'est pas n'importe lequel. »
Hélène se tait. Thomas paraît bien plus gêné que lorsqu'il lui a avoué sa relation avec Tom. Hélène, elle, attend sa réponse avec impatience. Elle sent que quelque chose se cache derrière lui. Qu'elle a mis le doigt sur quelque chose. Elle n'a pas l'habitude d'être aussi curieuse.
L'étrange sentiment de voyeurisme qui l'habite la surprend un peu, mais elle veut juste savoir, en ce moment précis, toute la vérité sur Thomas. Même s'il ne lui appartiendra jamais comme il appartient à Tom, c'est un moyen de garder de lui de plus de choses possibles.
Son c½ur cogne dans sa poitrine, d'anticipation et de tristesse. Tout ce qu'elle apprend lui fait mal, lui fait tourner la tête, la grise et la brûle.
« Qui es-tu, vraiment ? »
Thomas passe furtivement sa langue sur ses lèvres, et plante ses yeux dans les siens, avec dedans un mélange de crainte et de défi.
« Thomas Hoffmann. »
Hélène fronce les sourcils. C'est un nom qui ne lui est pas inconnu. Elle l'a déjà entendu...non, vu quelque part. Mais où ? Elle en a la provenance sur le bout de la langue, pourtant.
Thomas continue de la regarder avec dans son regard cette peur troublante et cette provocation, attendant sa réaction. Voyant qu'elle n'en a pas, il se penche vers Hélène, et lui demande tout bas :
« Peter Hoffmann, ça ne te dis rien ? »