FicChapitre X

Hélène penche la tête, cachant son visage rougit derrière ses longs cheveux. Très vite, les légers bruits de ses sanglots rompent le silence qui s'était installé.
Elle étouffe désespérément le bruit de ses larmes.

« Comment ? » hoquète t-elle, sans oser regarder Thomas.
« Je ne vais pas te faire un dessin, » répond-il d'une voix amère.
« Mais...p-pourquoi lui ? »
« Et toi ? Pourquoi moi ? »

Elle mord sa lèvre quand un sanglot plus lourd lui échappe.

« Je t'ai entendue dans le train, » fait Thomas d'une voix douce.
« Pourquoi lui, » redemande t-elle, sentant ses joues brûler.
« Je ne sais pas. Pourquoi pas ? »

Il y a un léger cliquetis, celui des doigts de Thomas qui touchent ses médiators. Hélène frissonne. Elle déteste ce bruit, à présent.

« Pourquoi lui ? Tu as des tonnes de filles à tes pieds, des tonnes de relations, et tu n'aimes que celui que tu ne peux pas aimer ! » réplique Hélène avec rage.
« Qui a décidé que je ne pouvais pas l'aimer ? »
« Tu es amoureux de lui, » souffle t-elle, et ce n'est même pas une question.
« Oui. »

Les larmes roulent sur les joues d'Hélène, et ses cheveux viennent se coller à sa peau humide.

« C-comment ? Quand ? »
« Quand on avait douze ans, on passait beaucoup plus de temps ensemble que maintenant....en même temps, c'est pas dur, » ajoute Thomas avec un petit rire sec. « et petit à petit...j'ai voulu être son ami, puis son meilleur ami, et enfin, son "petit ami"... »
« Et Bill ? » renifle Hélène, curieuse et impressionnée malgré elle.
« Bill ? Il sait tout, je pense, de toute façon il sait tout de Tom. Je ne sais pas trop. La seule qualité qu'il me trouve est d'être fan de son groupe. »

La curiosité ronge Hélène. Elle entoure ses genoux de ses bras, posant son menton dessus. Elle regarde Thomas en coin. Ce dernier a les yeux baissés, le regard un peu dans le vague. Timidement, elle tend une main, et effleure les médiators autour de son cou, caressant très légèrement la peau de la gorge de Thomas.

Comprenant son geste, il détache ses colliers, et les pose sur sa cuisse. Elle remue les petits objets du bout des doigts, caressant la clé usée, relevant des yeux rouges et gonflé mais interrogateurs vers Thomas.

« C'est une clé de la guitare qui a été cassée sur le clip de Schrei... »
« Tu étais sur le tournage ? »
« Mmh. Ouais. Je suis un de le multitude de gars alcoolisés. »

(Hélène note dans un coin de sa tête, malgré elle, et se promet de regarder le clip dès qu'elle sera rentrée chez elle)

« Et...et Tom ? Il t'aime ? »

Thomas la regarde derrière ses cheveux, un sourire un peu incrédule aux lèvres.

« Bien sûr que non. »
« Ah. »

Il rattache ses colliers autour de son cou, dans un geste rapide.

« Alors, » résume Hélène, la voix un peu tremblante, « tu l'aimes, il ne t'aime pas, et tu accours dans son lit dès qu'il t'appelle. »
« Non. Pas vraiment. C'est toujours pareil. Il m'envoie l'adresse de l'hôtel, et si j'y dors, je vais le voir. »
« Et...comment tu arrives à avoir une chambre dans leur hôtel ? »

Hélène repasse dans sa tête la scène de la veille, et le mouvement maîtrisé de Thomas tirant sa carte d'identité de son sac. Il y a quelque chose avec son nom, et avec son père, aussi... »

« Mon père se charge de la réservation et du paiement. »
« Hmm... »

Elle sent que quelque chose lui échappe.

« Je ne comprend pas, » commence t-elle d'une voix lente, un peu éraillée par les larmes, « même si c'est ton père qui fait la réservation, ils font attention aux locataires de l'hôtel quand les Tokio Hotel sont là, non ? Et il faut le faire pour obtenir une chambre le jour même dans un hôtel pareil... »

Thomas a l'air un peu mal à l'aise. Il garde la bouche ouverte, prêt à lui couper la parole. Mais il laisse Hélène parler.

« Ton père n'est pas n'importe qui. Ton nom n'est pas n'importe lequel. »

Hélène se tait. Thomas paraît bien plus gêné que lorsqu'il lui a avoué sa relation avec Tom. Hélène, elle, attend sa réponse avec impatience. Elle sent que quelque chose se cache derrière lui. Qu'elle a mis le doigt sur quelque chose. Elle n'a pas l'habitude d'être aussi curieuse.

L'étrange sentiment de voyeurisme qui l'habite la surprend un peu, mais elle veut juste savoir, en ce moment précis, toute la vérité sur Thomas. Même s'il ne lui appartiendra jamais comme il appartient à Tom, c'est un moyen de garder de lui de plus de choses possibles.

Son c½ur cogne dans sa poitrine, d'anticipation et de tristesse. Tout ce qu'elle apprend lui fait mal, lui fait tourner la tête, la grise et la brûle.

« Qui es-tu, vraiment ? »

Thomas passe furtivement sa langue sur ses lèvres, et plante ses yeux dans les siens, avec dedans un mélange de crainte et de défi.

« Thomas Hoffmann. »

Hélène fronce les sourcils. C'est un nom qui ne lui est pas inconnu. Elle l'a déjà entendu...non, vu quelque part. Mais où ? Elle en a la provenance sur le bout de la langue, pourtant.

Thomas continue de la regarder avec dans son regard cette peur troublante et cette provocation, attendant sa réaction. Voyant qu'elle n'en a pas, il se penche vers Hélène, et lui demande tout bas :

« Peter Hoffmann, ça ne te dis rien ? »

# Posté le vendredi 04 avril 2008 17:25

FicChapitre XI

Peter Hoffmann.

Producteur et découvreur de talents.

Tout est encore plus confus qu'avant dans la tête d'Hélène. Les hôtels, les concerts, les rencontres. Hoffmann a présenté le groupe à son fils, ou, pire, c'est Thomas qui a poussé son père a produire les Tokio Hotel.

Elle déglutit. Il lui semble que tout son univers s'écroule. Tout ça, le groupe dont elle est fan depuis presque trois ans. Tout ça, tout le succès des Tokio Hotel, c'est grâce à une vague histoire de coucherie ?

Thomas la regarde avec des yeux froids.

Il prend des risques en disant ça. Elle pourrait crier, raconter à tus ces gens autour d'eux tout ce qu'il vient de lui dire, détruire sa réputation et –pire- celle de Tom, celle du groupe, tout détruire. C'est une histoire que les journaux adoreraient. Mais elle, elle trouve juste tout ça triste.

« Alors tout ce succès, il n'existe qu'à cause de ça -parce que le guitariste baise le fils du producteur ?! »

Les yeux de Thomas s'écarquillent et la fusillent.

« Ca, comme tu dis, c'est plutôt récent. »
« Tu as quand même joué un rôle là-dedans. »
« Non, » fait Thomas en secouant la tête, « pas directement. Pas vraiment. Je parlais de Devilish à mes parents, parce qu'ils me voyaient passer mon temps à aller à leurs concerts, et mon père s'y est intéressé. Peu après le divorce, quand j'étais chez lui pour les vacances, il m'a conduit jusqu'à Magdeburg –il avait déménagé à Hamburg, et moi à Paris- et on est allés les voir en concert ensemble. Il m'a demandé de lui présenter le groupe et je l'ai fait. La suite, tu la connais. »

Hélène plisse les yeux. Il y a des choses qu'elle ne comprend pas.

« Mais tu as quand même orienté ton père vers eux. Ils te sont redevables. »
« Non. Mon père n'est de toute façon pas le seul à prendre les décisions. »
« Et les autres producteurs...tu les as déjà vus ? »
« Ouais, » fait Thomas avec un petit haussement d'épaule. « Mais c'est pas la fête quand ils se voient, tu sais. Il y a une espèce de rivalité amicale entre eux, mais une rivalité quand même. Déjà quand David s'est imposé en manager, il en a vu de toutes les couleurs... »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'il n'était pas le seul à vouloir la place ! Mon père l'a réclamée aussi, disant qu'il les avait trouvés, et je ne connais pas trop le reste de l'histoire. »

Elle hoche la tête et se tait.

Elle imagine le petit Thomas de, quoi, treize ans ? Dans la foule d'un tout petit concert, flanqué de son papa producteur, les yeux sûrement déjà rivés sur le guitariste, qui ignorait lui-même que six ans plus tard, toute l'Europe serait aux pieds de son groupe préférée, en partie grâce à lui.

« Et ta mère ? Tu ne m'as pas parlé de ta mère... » demande Hélène soudainement. Thomas lui jette un regard interrogateur. « Bah, pendant qu'on parle de tes parents... »
« Ma mère s'appelle Mélodie. Elle vit de la pension qu'a versé mon père pendant six ans. Elle est nourrice, donc elle ne s'ennuie pas quand je ne suis pas là. »
« Tu rentres chez toi quand ? »
« Quand il n'y a ni concerts, ni promotions, ni rien, » répond Thomas avec un petit soupir. « C'est-à-dire pas très souvent. »
« T'es pas à la fac, ou un truc comme ça ? »
« Pour quoi faire ? Quand je peux, je bosse, parce que les places de concerts ne tombent pas du ciel... »
« Ton père ne peut pas t'en avoir ? »
« Probablement, VIP, avec les Meet and Greet, et tout ça, mais la femme de Jost ne voit pas d'un très bon ½il que je sois fan, alors » (il hausse les épaules) « je fais profil bas. »
« La femme de David Jost ? »
« Ouais, Inès, quelle fouille-merde. Tu sais, il y a plein de gens qui fourrent leur nez dans les affaires des Tokio Hotel... »

"Dont toi", s'empêche de répondre Hélène.

Mais la sonnerie du téléphone de Thomas les interrompt. Il ne réponds pas, mais se crispe visiblement. Hélène aussi. Elle baisse la tête et murmure :

« Réponds. »

Aucune réaction.

« Réponds ! »

Thomas décroche rapidement.

« Ja ? »

Il passe une main nerveuse dans ses cheveux, regardant Hélène. Ils échangent un regard désolé.

« Jetzt ? ...aber...ja...OK. Ich komme an. »

Il raccroche et quelques secondes plus tard, le téléphone vibre. Thomas consulte le message. Il déglutit et relève les yeux vers Hélène.

« Tom. Ils sont à l'hôtel. Il...il veut me voir. »

Hélène baisse la tête.

« Va le voir. Je garde les places. »

Thomas ouvre la bouche, mais la referme sans rien avoir dit, et se lève.
Il fait quelques pas, mais s'arrête et se retourne vers Hélène.

« Même si...enfin...je peux au moins t'offrir une chambre et un lit où dormir pour la nuit ? »

Le c½ur d'Hélène se serre devant le regard désolé et le sourire gêné et craintif de Thomas. Elle hésite.

« Ne t'inquiète pas...ils ont tout l'étage pour eux, tu auras une chambres. Pour les places, on est numérotés, tant qu'on revient vers 6-7h, c'est bon. C'est...un peu un moyen de m'excuser, non ? »

Hélène ne sait pas quoi faire. Et si on les refuse de les laisser se replacer à leur retour ? Et si on ne la laisse pas entrer dans l'hôtel ? Et...elle n'a aucune envie de voir Tom face-à-face. Elle ne veut pas être allongée dans un immense lit, seule, pendant que quelques pièces plus loin, le guitariste couchera avec le garçon dont elle est amoureuse.

Mais quand Thomas la regarde comme ça...

« Ok, » fait-elle du bout des lèvres.

# Posté le vendredi 04 avril 2008 17:26

FicChapitre XII

Thomas lui paie le taxi, et serre doucement sa main alors que les bâtiments de la ville endormie défilent sous leurs yeux. Au fil des minutes, sa main se fait de plus en plus lâche, et c'est Hélène qui finit par la tenir seule, observant son visage rendu blême par les lumières artificielles et la peur.

Arrivés à l'hôtel où se trouvent quelques fans, Thomas, sans même un regard pour eux, file au comptoir bousculer un employé endormi qui lui tend une carte magnétique sous le regard insistant des gardes du corps postés dans le hall.

Si tout l'hôtel est endormi, Hélène est surprise quand ils arrivent au septième étage : ici, il y a de l'agitation. Là, des hommes conversent devant une porte entrouverte, l'un d'eux appuyé dans le chambranle ; ici, un groom aux yeux cernés pousse un chariot de métal qui roule silencieusement sur la moquette. Partout, des portes entrouvertes, des valises délaissées, des gens appuyés contre un mur ou marchant à grandes enjambées. Au-dessus de tout cela et du sourd brouhaha ambiant, un nuage de fumée flotte, provenant des cigarettes pourtant interdites, fumées par un garde du corps ou une petite femme blonde à l'air pressé.

Celle-ci salue Thomas. Ce n'est pas la seule : un vigile a un signe de tête pour lui ; un homme en bras de chemise lui sourit avant de reprendre sa conversation.

Hélène se laisse mener au bout du couloir. Là, ils trouvent un autre pan de couloir, entièrement vide, à l'exception de deux gardes du corps. Elle reconnaît l'un comme Saki Pelka, mais l'autre, un blond massif, lui est inconnu.

Thomas montre sa carte magnétique à l'armoire à glace qui fait figure d'homme, et après un vague signe de tête, celui-ci lui laisse l'accès au couloir. Il passe, mais lorsqu'Hélène s'avance à son tour, la grosse main de Saki lui bloque l'accès.

« Sie ist mit mir, » le rassure Thomas en saisissant à nouveau la main de la jeune fille. Elle est avec moi.

Le garde du corps fronce les sourcils, mais laisse Hélène passer. Elle murmure un petit « Danke schön » et trottine derrière Thomas. Il la mène au bout du couloir, et insère la carte magnétique dans la fente prévue à cet effet.

Derrière la lourde porte, il y a une petite pièce meublée d'un fauteuil et d'un porte-manteau, et pourvue de deux portes. Thomas désigne l'une comme la salle de bains, et pousse l'autre, découvrant une vaste chambre où se trouvent un large lit, une armoire, une table basse flanquée de fauteuils, et une commode sur laquelle est juchée une télévision.

Les converses d'Hélène s'enfoncent aisément dans l'épaisse moquette crème, encore plus moelleuse que celle du couloir. Elle promène son regard écarquillé sur tout ce luxe, sur cette chambre où elle n'a pas sa place.

Thomas a vérifié le contenu du minibar, passé une tête dans la salle de bains, observé la chambre dans ses moindres détails. Cela fait deux fois que son portable vibre dans sa poche, mais il ne réagit pas.

« Je pense que ça va aller, » souffle t-il en s'asseyant sur le lit. Il tire Hélène par le bout des doigts, l'amenant à s'asseoir à côté de lui.
« Je ne sais pas, » murmure t-elle.
« Hélène... »
« Comment tu veux que je dorme tranquille en sachant que quelques chambres plus loin- »
« Hélène, » l'arrête Thomas, « n'y pense pas, ok ? »

Il l'enlace maladroitement, caressant ses cheveux d'un geste gauche. Son téléphone vibre une nouvelle fois, mais il ne s'éloigne pas d'elle et embrasse sa tempe. Hélène se laisse faire et ferme les yeux.

Soudain, un cliquetis les fait sursauter et ils se détachent rapidement.

« Qu'est ce que... »
« Stör' ich Sie nicht ? » Je ne vous dérange pas ?

Hélène lâche brusquement la main de Thomas. Tom se tient devant eux, une carte magnétique à la main. Il ne ressemble pas au Tom Kaulitz que connaissent et adulent toutes les adolescentes d'Europe. Ses dreads détachées encadrent son visage, quelques unes attachées en arrière les disciplinant un peu. Ses vêtements, bien que lâches, le sont nettement moins que d'habitude. Ce jean large, délavé et déchiré de partout, porté par-dessus un jean étroit, et ce tee-shirt Volcom, deux tailles au-dessus de la sienne, ne lui appartiennent pas, elle le sait. Tom remue ses orteils dans ses chaussettes dépareillées, l'air impatient, avant de reprendre, dans un français teinté d'accent :

« Tu es Hélène ? Je suis Tom, » fait-il avec un sourire bancal, reportant rapidement ses yeux durs vers Thomas. « Ich wartete auf dich. » Je t'attendais.
« Ich weiß das, », gémit Thomas en se levant, époussetant son jean, « schuldi. » Je sais, désolé.
« Kommst du ? » Tu viens ?
« Aber... » proteste t-il d'une petite voix. Mais...
« Thomas. Komm hier. » Thomas. Viens là.

Il ouvre la bouche mais hoche la tête et le suit. Hélène n'a rien compris de l'échange et n'a pas osé regarder Tom, les yeux baissés sur ses genoux. Mais dès qu'elle entend la porte menant à l'antichambre se rouvrir, elle lève la tête.

Thomas lui tourne le dos, et la large main du guitariste est plaquée dessus, le poussant dans la petite pièce. Ce dernier sourit à Hélène, un petit sourire qui veut dire, "j'ai gagné".

La porte se referme derrière eux. Une boule de larmes grossit dans la gorge d'Hélène, mais elle ne veut pas pleurer, pas tant qu'ils sont là.

Mais elle se redresse brusquement quand un grand coup se fait entendre. Elle fronce les sourcils. Que faire ?

Un cliquetis de serrure, le bruit d'une porte qu'on ouvre, puis qu'on referme, et un grand bruit à nouveau.

Hélène s'approche de la porte et entend des voix.
Ils sont toujours là.

« Bleib hier. » Reste là.
« Aber Hélène ist da ! » Mais Hélène est là !
« Ich auch, ich bin da. » Moi aussi, je suis là.
« Nicht da, im Zimmer. » Pas ici, dans ta chambre.
« Nein. Hier. Jetzt sofort. » Non. Ici. Maintenant.

Il y a un silence, puis un coup à nouveau.

« Nein ! »
« Nein ? »
« Nicht hier, nicht sofort. » Pas ici, pas maintenant.

Hélène hésite. Elle veut savoir ce qui se passe.

« Jetzt, oder nie. Oder nie mehr. » Maintenant, ou jamais. Ou plus jamais.

Elle se glisse sans bruit devant la porte, à genoux sur la moquette. Elle pose ses mains à plat sur le bois.
Et elle regarde par la serrure.

# Posté le dimanche 06 avril 2008 09:30

FicChapitre XIII

Le trou de la serrure est petit, très petit, mais Hélène voit bien les deux corps de profil, l'un appuyé nonchalamment contre le mur, et l'autre lui faisant face. Elle voit les mains agiles de Tom, aux doigts glissés dans les passants de son jean, des doigts fins et nerveux, un peu tremblants, les jointures un peu trop crispées. Thomas est debout, droit et raide, les bras fermement croisés sur son torse.

« Jetz, » fait la voix de Tom. Maintenant.
« Hélène ist da. Ich will nicht, du fummelst mich herum wenn sie daneben ist. » Hélène est là. Je ne vais pas te laisser me toucher avec elle à côté.
« Ich hab' nie gesagt dass ich dich herumfummeln will. » Je n'ai pas dit que je te toucherai.
« Was ? »

Il y a un silence. Hélène ne comprend pas un traître mot de ce qu'ils disent. Elle a entendu son prénom. Hélène ist da... Malgré le fait qu'elle ne parle pas du tout allemand, elle arrive à deviner relativement ce qu'il s'est dit. Elle est là. Mais...

Ses pensées sont brusquement interrompues par un mouvement des deux garçons derrière la porte. Tom s'est décollé du mur et s'avance vers Thomas, qui laisse échapper le prénom du guitariste dans un petit son étranglé.

Hélène retient un hoquet quand Tom saisit le visage de son vis-à-vis entre ses doigts et l'embrasse.

Bien sûr, elle aurait dû s'y attendre. Que font deux garçons, deux amants, quand ils sont seuls et qu'ils ont prévu de coucher ensemble ? Elle respire un grand coup et retente un coup d'½il par la serrure. Pour s'en éloigner aussitôt.

L'image de Thomas, en train d'embrasser passionnément le guitariste de Tokio Hotel, une main crispée dans le dos de son tee-shirt, était décidément à éviter.

Un bruit sourd de chute la fait espionner à nouveau.

Thomas a repris le dessus sur le guitariste. Il le maintient appuyé contre le mur, empoignant ses bras qu'il tient collés à la paroi, le long du corps de Tom. Il l'embrasse fiévreusement, les sourcils froncés et la bouche avide.

Hélène est fascinée. Thomas est toujours calme et placide. Là, ses joues sont rougies, ses cheveux décoiffés, ses mains tremblantes et il halète quand il se détache de Tom. La jalousie et le désir la foudroient quand elle le voit passer une main dans ses cheveux comme il lâche Tom. Il est beau ainsi, la respiration sifflante, sauvage, affamé, amoureux.

Elle est fascinée. Comment Tom peut-il le bouleverser autant avec un simple baiser ? Elle ne peut détacher ses yeux de son image.

Même quand Tom embrasse sa joue et murmure à son oreille, elle se contente de déglutir, ses doigts se crispant sur le bois. Même quand Thomas tombe à genoux devant lui et relève les yeux vers le guitariste et lui sourit presque, les joues rouges, et qu'il déboucle sa ceinture.

Il y a quelque chose d'hypnotique dans la manière dont Thomas fait sauter les boutons d'un mouvement leste de la main, dont il relève le tee-shirt d'un geste agacé, dont il baisse du bout du doigt le boxer tendu par l'érection de Tom.

Les yeux d'Hélène s'écarquillent quand Thomas la prend en bouche. Elle mord l'intérieur de ses joues, les yeux brûlés par l'image et par les larmes. La main de Tom se glisse, comme une énorme araignée aux pattes maigres, dans les mèches châtain de Thomas.

Elle se détourne et se laisse glisser contre la porte, les mains plaquées sur la bouche et les yeux pleins de larmes.

Derrière le battant, un lourd gémissement du guitariste se fait entendre. Ramenant ses jambes contre elle, Hélène ferme fort les yeux et bouche ses oreilles. Elle prie pour ne pas être là, pour s'endormir et se réveiller dans son lit, à Paris, sa petite s½ur endormie dans son lit et ses posters souriant sur les murs, dans cette chambre trop petite qu'elles partagent avec Maxence. Elle déteste ce luxe qui l'entoure, cette chambre et ce lit beaucoup trop grands.

Elle voudrait n'avoir jamais connu Thomas, n'être jamais partie en tournée, et en ce moment précis, elle voudrait n'avoir jamais connu Tokio Hotel.

Hélène reste prostrée en position f½tale pendant à peine quelques minutes, mais il lui semble qu'elle passe la nuit entière sur cette moquette épaisse, contre cette mince porte de bois. Jusqu'à ce qu'un bruit la fasse sursauter.

« Siehst du wie du's kannst ? » entend-elle de la voix de Tom. Tu vois que tu peux ?
Elle risque un nouveau coup d'½il, essuyant ses yeux et reniflant.

Thomas est à genoux par terre, affaissé, se soutenant de ses bras tendus. Tom, debout, se rhabille silencieusement. Elle le voit s'accroupir à côté de Thomas, et passer une main dans ses cheveux, à nouveau, avant de l'enlacer doucement. Un tel geste de tendresse la surprend mais n'arrive par à la réconforter –au moins Thomas serait bien traité. Mais non. On dirait un petit animal que son dresseur flatte après qu'il aie bien réussi son tour.

Saisissant sa nuque, Tom lui fait relever la tête et l'embrasse. Hélène frissonne. Le visage de Thomas est luisant de larmes, et le guitariste sourit contre ses lèvres, caressant ses épaules sur lesquelles il a plaqué ses paumes. Thomas tremble en posant ses mains sur la taille du dreadé. Ce dernier le renverse en arrière et descend la braguette de son jean d'un geste rapide avant de glisser sa main à l'intérieur. Allongés sur le sol, ils disparaissent du champ de vision d'Hélène, et mécaniquement, elle se redresse, cherchant les voir à nouveau, s'appuyant sur la poignée de porte pour se relever.

Et le battant s'ouvre.

Ses yeux s'écarquillent. Thomas se redresse sur les coudes, les yeux ronds, et Tom se retourne vers elle, étonné un instant, avant d'éclater de rire.

Hélène ne sait plus où se mettre. Tom se relève, défroisse son pantalon sous les yeux surpris et suppliants de Thomas, à qui il jette un regard narquois.

« Wie verlautet, du bist zwischen guten Hände. » Tu m'as l'air d'être en de bonnes mains.

Il rouvre la porte de la chambre, et avant de sortir, sourit à Thomas.

« Und dann wartet Bill auf mich... » Et puis, Bill m'attends...

La porte claque et il continue de fixer le bois verni. Hélène ne sait pas quoi lui dire. Sa respiration est encore irrégulière, ses joues encore rouges, et quand il se retourne lentement vers elle, son visage est fermé, ses poings serrés, et cette fois, c'est un frisson de peur qui parcourt Hélène.

# Posté le dimanche 13 avril 2008 15:42

FicChapitre XIV

Le visage de Thomas se tord soudain et il commence à pleurer, les yeux ouverts et la bouche tordue comme il essaie de retenir ses sanglots, les lèvres pressées l'une contre l'autre.

« Thomas, je suis désolée, » s'exclame Hélène en se jetant à genoux à côté de lui.
« Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre que tu soies désolée ! »

Il continue à pleurer, nerveusement, les yeux grands ouverts, ne clignant des paupières que pour en chasser les larmes qui les emplissent.

« Ne pleure pas, » balbutie Hélène, sentant ses yeux la brûler à nouveau.
« Hélène, » demande t-il en se laissant tomber en arrière, allongé au sol, « ferme-la, s'il te plaît. »

Elle ouvre la bouche mais la referme aussitôt. Elle saisit la main de Thomas et la serre dans les siennes.

« Pardon, pardon, pardon... » psalmodie t-elle.

Elle ne sait pas quoi faire. A travers ses yeux brouillés par les larmes, elle voit celles de Thomas, qui roulent sur ses joues et ses tempes.

« Je suis tellement désolée... »
« Tu te rends compte de ce que ça va faire ? »
« Je n'ai pas fait exprès de- »
« Putain, Hélène, s'il m'en veut... »
« ... »
« S'il m'en veut, je fais quoi ? »
« Je...je sais pas... »

Thomas se redresse brusquement, arrachant sa main de celle d'Hélène et croisant les bras sur son torse. Il a arrêté de pleurer, et semble furieux ; mais au contraire, les sanglots d'Hélène redoublent.

« Il n'était jamais parti comme ça avant, et c'est de ta faute ! »
« De toute façon, c'est pas comme si j'étais la première, hein, » s'exclame t-elle en serrant les poings. « Elisabeth me l'a dit ! »
« Quoi ?! » Thomas bondit sur ses pieds. « Elle t'as dit quoi, cette espèce de- »
« Que...que tu avais joué avec Pauline, comme tu joues avec moi, que...que tu draguais...que... »

Mais Thomas ne l'écoute déjà plus. Ses doigts sont crispés sur ses bras et ses yeux dans le vague comme il se mord compulsivement la lèvre.

« Quelle salope, » marmonne t-il. « Quelle salope. »
« Quoi ? »

Il se retourne vers elle. A cet instant, il est totalement différent du Thomas habituel. Son visage est rougi, ses cheveux emmêlés dégagent son visage, dévoilant son regard dur et énervé, ses mâchoires crispées et ses lèvres pincées. D'habitude il est si doux, si calme, et Hélène ne le reconnait plus.

« Ne croit pas ce que dit Elisabeth. »
« Pourquoi ? Je devrais te croire, toi ? »
« Elle est juste jalouse. »
« De quoi ? Parce que tu es le petit toutou de Tom ? »
« Tais-toi. »
« Toi, tais-toi ! »

Elle voudrait être convaincante, mais à nouveau elle recommence à pleurer. Elle voudrait être forte face à Thomas, lui dire ses quatre vérités. Mais elle ne peut pas.

« Les gens n'ont rien à t'envier. Il ne t'aime pas. »
« Je sais, » siffle Thomas entre ses dents.
« Non, tu ne sais pas, tu ne peux pas t'empêcher d'espérer et d'être déçu quand tu n'as rien. Tu ne peux pas t'en empêcher, Thomas. »
« La ferme. Tu ne me connais pas. Et toi, alors ? » Il se dresse de toute sa hauteur, debout devant elle, toujours à genoux par terre. « Tu espères que je t'aime, au fond de toi. Tu es amoureuse de moi. »
« Tout de suite, je crois que je te déteste, » crache Hélène, ses yeux lui lançant des éclairs, à travers ses larmes. « Tu t'es servi de moi, tu as couché avec moi, tu- »
« Tu ne m'as servi à rien, » réplique t-il d'un ton froid, « à quoi voudrais-tu me servir ? »

Il a l'air désolé pour elle, à présent, les sourcils froncés dans une expression perplexe. Hélène pleure sans retenue, sans même cacher son visage, sans aucune gêne.

« Je vous déteste, tous les deux. Je peux pas... Thomas, j'en peux plus, » hoquète t-elle.

La pression et la fatigue qu'elle a accumulés depuis tout le début de la tournée retombent brusquement et ses sanglots deviennent presque hystériques. Elle n'essaie même plus de se retenir, pleurant incontrôlablement. La main de Thomas, qui vient caresser très légèrement sa joue, n'arrive même pas à la calmer, au contraire. La tête penchée, elle voit à travers ses larmes les converses de Thomas comme ce dernier s'est rapproché d'elle, penché en avant.

« Hélène, » murmure t-il, mais elle n'est pas sûre de vraiment l'entendre. Elle n'entend plus rien, même pas le bruit de ses pleurs.

La dernière chose qu'elle voit, ce sont les étoiles de ses lacets ; avant qu'elle ne se laisse sombrer, tombant à ses pieds. Tout est flou, tout est noir, tout est fini.

Et les étoiles dansent dans sa tête.

# Posté le dimanche 13 avril 2008 15:43