FicChapitre V


Devant l'hôtel, il y a une dizaine de fans. Majoritairement des filles. Hélène en reconnaît certaines du concert, et Thomas salue par-ci par-là, envoyant son sourire et ses politesses. Mais alors qu'Hélène s'attend à ce qu'ils s'alignent avec les autres fans, Thomas continue de marcher et entre dans l'hôtel. Il tire Hélène par la main, et la mène jusqu'à la réception.

« Monsieur, » fait-il au réceptionniste d'un ton assuré, le saluant d'un signe de la tête.
« Excusez-moi, mais vous allez devoir quitter les lieux. »
« Je ne crois pas, » répond Thomas d'un ton froid. « Mon père a du réserver une chambre à mon nom dans votre établissement. »

Il accompagne sa phrase d'une fouille rapide de son sac pour en sortir sa carte d'identité, qu'il pose sur le comptoir sans un mot, avant de la pousser vers l'homme qui le regarde d'un air pincé.

Un long silence suit, pendant lequel Hélène regarde Thomas d'un air étonné, mais ce dernier garde ses yeux fixés sur le réceptionniste, qui consulte son ordinateur, la carte d'identité du jeune homme à la main. Il finit par la lui rendre, posant sur lui un regard froid et détaché, avant de lui remettre une carte magnétique.

« Chambre 212. Monsieur, madame, bon séjour et bonne nuit. Un portier va prendre en charge- »
« Rien du tout, » le coupe Thomas, « on a des bras, on sait s'en servir. »

Sur ces mots, il empoche la carte, remet son sac sur son épaule, et reprend la main d'Hélène dans la sienne. Ils retournent dehors sans un bruit. Hélène sent sur eux les regards bovins de quelques fans qui ont suivi la scène. Elle déglutit, mal à l'aise, décalée. Thomas se place comme si de rien n'était au bout de la file, et cale son sac entre ses chevilles. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle se décide enfin à lui parler.

« Alors, c'était ça, tes magouilles en allemand ? »
« Des magouilles ? » fait-il avec un rictus amusé. « On croirait que je suis pistonné, à t'entendre. »
« Moi, j'appelle ça être pistonné. »
« Si j'étais pistonné, je ne passerais pas des heures voir des journées à les attendre dans le froid. »

Sa phrase claque. Hélène baisse la tête. Elle ne sait pas vraiment ce que Thomas fabrique, comment il peut obtenir de son père une chambre dans l'établissement où séjournent les Tokio Hotel, et surtout, pourquoi.

« He, on va dormir dans un vrai lit, dans une vraie chambre, t'es pas contente ? »
« Si, si, bien sûr, » se reprend-elle, « merci. »

Elle sourit avec maladresse, et Thomas a à peine le temps de lui répondre que des cris amusés se font entendre.

« Saki ! Saaaaki ! » s'exclament des fans à côté d'eux.

En effet, le garde du corps le plus connu du groupe a fait son apparition, accompagné de quelques gardes du corps à la désormais célèbre veste "VSD Hamburg".

« Ha, » souffle Thomas. « Qui dit Saki dit... »

Tokio Hotel.

Hélène serre la main de Thomas et regarde avec impatience la portière de la voiture qui s'est garée non loin.
Bientôt, elle s'ouvre, et un corps sort du véhicule avec souplesse. Les fans sont bien rodés : les bras se sont tendus, les places de concert et autres supports ont été sortis. Le petit batteur –qui dépasse à peine Hélène- signe en silence, répondant aux brefs « Wie ghet's ? » et autres « Ca va ? ».

Thomas a aligné le bras d'Hélène près du sien, et sourit à Gustav en lui débitant un « Hallo, wie ghet's ? Danke für aless. » pendant qu'il signe. Il lui sourit en réponse, le saluant d'un petit signe de tête.
La même petite phrase va au bassiste, qui se contente d'un large sourire, puis à Bill, qui répond, à la surprise d'Hélène, un petit « Danke Thomas », faisant siffler le "s" entre ses dents.

Cependant, l'adolescent ne dit rien au guitariste, se contentant de lui sourire. Ce dernier signe, jette un regard aux médiators qui pendant en collier autour de son cou, lui sourit, puis signe le bras d'Hélène, et celui du fan suivant.

Ils se retournent une dernière fois pour un bref signe de la main, sur un « Danke schööööön » de la part des fans présents. Puis, accompagnés de leurs gardes du corps chargés d'une valise pour chacun, ils disparaissent dans l'hôtel.

Thomas laisse passer quelques minutes, puis entre à nouveau dans l'hôtel, sous les regards noirs des fans. Hélène le suit en silence jusque dans l'ascenseur, et ne reprend pas la parole avant qu'ils soient arrivés dans la chambre.

« Tu vas m'expliquer ? » attaque t-elle farouchement, sans même prendre le temps d'ôter sa veste.
« Expliquer quoi ? » réplique Thomas d'un ton calme, les yeux baissés sur ses converses dont il dénoue les lacets avec des gestes lents.

Hélène ne sait pas vraiment ce qu'elle lui reproche, au fond. Ou plutôt, elle lui reproche tellement de choses qu'elle n'arrive pas à les formuler.

« Comment ton père et ton nom peuvent t'obtenir une chambre dans un hôtel hyper luxueux où sont les Tokio Hotel ? Comment tu peux les suivre comme ça ? Et qui est-tu vraiment, en fait ? »

Son discours lui semble presque ridicule, et le manque de réaction de Thomas la vexe. Il continue à délacer ses chaussures calmement. Les médiators s'entrechoquent doucement au gré de ses mouvements.
Hélène a l'impression qu'elle va exploser.

« Je suis un fan, tout simplement. Comme toi. »

Hélène se sent soudainement très fatiguée, très lasse. Elle sait qu'elle ne pourra rien tirer de plus de Thomas, que ce soit maintenant ou demain, et probablement jamais, même.

« Allez, viens dormir. On part tôt, demain, après tout. »

Elle hoche la tête et pose son sac. Thomas est assis sur le grand lit double. Ses pieds sont toujours enfoncés dans ses converses en toile aux lacets défaits, et il s'attelle à enlever son tee-shirt, qu'il lance sur un fauteuil, avant de commencer à déboucler sa ceinture.

Au moment où les fines chevilles de Thomas glissent légèrement hors de ses chaussures dont les lacets s'étendent sur la moquette épaisse comme des serpents tortueux, au moment où son estomac se creuse comme il déboutonne son jean, au moment où il courbe les lèvres pour chasser d'un souffle une mèche qui lui barre le visage, Hélène se rend compte qu'elle va dormir dans le même lit qu'un garçon charmeur et charmant qu'elle vient à peine de rencontrer et dont elle ne sait rien.

Elle n'est plus une gamine (elle va avoir 18 ans, que diable !) mais ses joues rosissent légèrement, plus par coquetterie que par véritable gêne. En face d'elle, Thomas continue de se dévêtir calmement, sans montrer aucun signe de conscience de son observation.

Ce n'est que lorsque qu'un pied, un long pied blanc et nu, se glisse hors d'une des converses de Thomas qu'Hélène détourne son regard et commence à déboutonner sa veste, l'estomac noué, défaisant les boutons avec patience, se concentrant sur les froissements de leurs vêtements qui tombent dans un son feutré, troublé par celui des médiators de Thomas.

# Posté le dimanche 09 mars 2008 07:40

FicChapitre VI


Une fois débarrassée de ses habits, Hélène reste plantée au milieu de la chambre, ne portant que ses sous-vêtements. Aucun son ne lui vient du côté de Thomas, et elle sait qu'il a fini de se déshabiller, mais elle ne veut pas le regarder. Du bout des doigts, elle dégrafe son soutien-gorge, croisant rapidement ses bras sur ses seins nus. Elle penche la tête en avant, ses longues mèches brunes tombant sur ses côtes, glissant sur son dos. Elle inspire profondément, et la lumière s'éteint.

Hélène relève la tête. Il n'y a plus que la légère luminosité de la rue pour éclairer la chambre, et elle marche à petits pas jusqu'au lit, où quelques froissements lui indiquent que Thomas s'est déjà glissé dans le lit. A son tour, elle soulève les draps, et alors qu'elle s'apprête à se coucher, les bras de Thomas viennent l'enlacer et la tirent doucement sur lui.

Etouffant un petit cri, Hélène se laisse faire, et roule avec Thomas dans le lit, s'emmêlant dans les draps, pour le laisser la surplomber. Contre ses seins, le torse plat de Thomas est osseux, et son corps nu ne la choque même pas. Il caresse son front, embrasse brièvement sa bouche, et niche son visage dans son cou. Hélène frissonne quand les médiators se collent à sa peau, rigides et frais.

« Pardon. »

Ce n'est qu'un marmonnement dans le creux de son cou et Hélène hausse un sourcil, un début de sourire amusé aux lèvres.

« Pourquoi ? Je veux des réponses, pas des excuses. »

Comme elle s'y attendait, Thomas ne dit rien. Il se redresse sur ses coudes, son nez touchant presque le sien, et replace une mèche de cheveux derrière l'oreille d'Hélène avec de soupirer.

Mais elle n'est pas dupe. Elle sait que ses réponses, elle ne les aura pas. Alors elle se contente de profiter de l'instant, et attire doucement Thomas à elle pour l'embrasser. Leurs lèvres se touchent, leurs langues se mêlent avec habilité, leurs yeux se ferment et leurs corps glissent l'un contre l'autre.

Alors que Thomas lui enlève son dernier vêtement, Hélène glisse ses mains dans ses cheveux et les dégage de son front. Elle le regarde faire glisser ses lèvres dans son cou, sur son sternum et sur ses seins. Ça n'est pas le premier garçon avec lequel elle couche, pas le premier garçon qu'elle ne connaît que depuis quelques jours avec lequel elle couche. Sans être habituée aux coups d'un soir, elle a déjà connu ça. Elle apprécie le sexe, tout simplement.

Et elle apprécie Thomas.

Thomas dont la bouche embrasse avec pudeur ses mamelons dressés, aussi légère qu'une plume sur son nombril ; dont les doigts caressent l'intérieur de ses cuisses pour les écarter, s'installant entre elles avant de l'embrasser à nouveau, léchant sa langue et son palais, avec une espèce de candeur et de maladresse assez agréable.

Hélène enfouit ses mains dans les cheveux de Thomas, les tirant en arrière pour observer son visage décidément poupin. Lorsqu'il lui sourit, un coin de sa bouche remonte et une fossette se creuse dans sa joue. Ses yeux fins parcourent le visage d'Hélène, et se fixent sur ses lèvres avant qu'il se penche pour les embrasser.

Elle caresse son dos, touchant les omoplates et les vertèbres saillantes, ses fesses plates et douces. Thomas gémit et se cambre, frissonnant et laissant le bout de son sexe en érection effleurer celui d'Hélène. Son estomac se tord, et une vague de chaleur puissante fond dans son bas-ventre.

Thomas se redresse, à califourchon sur elle, et attrape à tâtons son slim laissé par terre. Il en sort un préservatif, et en déchire l'emballage avec application, sans regarder Hélène et sans essayer de cacher son pénis érigé qu'elle caresse du bout des doigts. S'il ne faisait pas si sombre, elle jurerait que ses joues ont rougit. Thomas déroule le préservatif sur son érection avec des doigts tremblants et maladroits qu'Hélène caresse dans une vaine tentative d'apaisement.

S'il a l'air assuré le jour, elle le voit maintenant gauche –mais pas hésitant du tout. Elle pourrait le croire puceau, mais quand il se glisse entre ses jambes pour la pénétrer lentement, elle sait qu'elle se trompe.

Thomas sait à quelle vitesse aller, à partir de quel moment il peut commencer à bouger, quels angles procurent du plaisir, la manière d'empoigner ses hanches ou celle de mordre son cou en se fichant profondément en elle.

Hélène sent contre sa mâchoire quelque chose d'humide, mais elle enserre les épaules de Thomas et ne cherche pas à savoir s'il s'agit de sueur ou de larmes, emportée par le plaisir. Son bas-ventre est chaud et brûlant, et elle se rend compte, en sentant le tiraillement si agréable et si rare qui lui fait presque mal, qu'elle va jouir.

Au moment où elle se tend avant de se détendre brusquement comme son orgasme arrive, une pensée traverse sa tête. Une pensée légère, fragile, mais qui laisse une petite trace dans son crâne.

Elle entrouvre les yeux, fixant les traits tendus de Thomas, son visage caché derrière ses cheveux et ses colliers qui lui rentrent presque dans la bouche comme il va et vient en elle. Elle le serre contre elle, sans réussir totalement à s'abandonner au plaisir qu'il lui offre. Elle est tendue, et il le sent, ralentissant peu à peu. Mais elle l'encourage, empoignant ses fesses, le collant à elle, et il jouit à ce moment-là, alors qu'elle se contracte autour de son sexe.

Il se retire rapidement et la pensée reste dans la tête d'Hélène. Elle est fatiguée, vidée de ses forces, et elle la ressasse en l'écoutant vaguement murmurer à son oreille.

Thomas n'est pas à l'aise en prenant des filles, mais il sait se mettre à leur place. Il sait quelles sensations apporte le fait d'avoir l'érection d'un homme à l'intérieur de soi.

Ses mains glissent le long des bras couverts de feutre de Thomas qui l'enlace, ses lèvres se posent sur les siennes et elle glisse une main sur la joue humide du garçon qui lui fait face. Il semble prêt à s'endormir, mais avant de faire de même, Hélène revoit le corps de Thomas tendu vers l'arrière, ses mains déballant maladroitement le préservatif ou saisissant un médiator lancé en l'air.

Même en sueur, Hélène tremble, et subitement, elle a très froid, et son c½ur lui fait mal. Elle ferme les yeux avec force, priant pour s'endormir le plus rapidement possible.

Dans un demi-sommeil, elle se tourne sur le côté, se dégageant des bras chauds dans lesquels elle était, et quand elle s'endort, Hélène sent une légère caresse dans ses cheveux, et ne rouvre pas les yeux.

Et le bruit de la porte qui s'ouvre et se ferme émet un son léger et familier, un cliquetis sourd et étouffé, comme les colliers de Thomas qui s'entrechoquent.

# Posté le dimanche 09 mars 2008 07:41

FicChapitre VII

FicChapitre VII

Dans son sommeil, Hélène roule dans le lit vide et s'emmêle dans les couvertures. C'est le froid sur ses jambes qui la réveille à 3 heures du matin (selon le radio-réveil) et elle réarrange les draps, dans le coltar, avant de se rendormir, enfouie sous les couvertures en bazar. Un bref éclair de lucidité lui permet de remarquer l'absence de Thomas, mais le sommeil reprend le dessus.

Elle se réveille finalement quelques heures plus tard, roulée en boule, la tête sur les bras, tout au bord du matelas. Dès qu'elle ouvre les yeux, elle voit une converse abandonnée par terre, une converse dont les lacets à étoiles s'étendent sur le sol, tortueux.

Hélène ne réagit pas. Ça veut dire que Thomas est rentré, bien sûr, mais ça ne lui dit pas ce qu'il a fait de sa nuit. Son manque de réaction l'étonne elle-même. Elle devrait se poser plus que questions que ça, même si elle n'a jamais été vraiment curieuse.

« Hélène ? »

Un brusque frisson la secoue. Ok, Thomas (du moins, elle l'espère) est accroché à sa taille, sa bouche contre le bas de son dos.

« Thomas, » répond-elle, et sa voix tremble malgré elle.

Il embrasse une de ses vertèbres et elle se cambre contre ses lèvres. Tendant une main, Hélène caresse les cheveux de Thomas, effleure ses pommettes, le laisse pétrir son sein, remonter contre son corps pour coller son bassin contre le sien. Il l'enlace simplement, et elle se laisse faire.

Hélène tourne la tête vers lui et tord le cou, essayant de croiser son regard, dans lequel elle ne lit rien.

« Tu étais où, cette nuit ? »
« Ici. »
« Te fous pas de moi, » fait-elle en se retournant totalement vers lui
« Où voulais-tu que je soie ? »
« J'en sais rien, justement. »
« Tu es qui, ma mère ? »
« C'est pas le moment de parler de tes parents. »

Elle sait que son regard est dur, planté dans celui, indifférent, de Thomas. Il est nonchalant à un tel point qu'elle a envie de l'étrangler. Il fait l'innocent, et elle sait qu'elle ne doit pas s'énerver contre lui, parce qu'elle aura perdu, alors, parce qu'il ne lui dira rien, parce qu'elle le perdra.

Et aussi détestable soit-il, elle ne peut pas ne pas l'aimer.

C'est peut-être sa manière de tenir sa main ou de l'enlacer comme il le fait en ce moment, de la regarder de ses yeux délavés par-dessus son nez piqué de taches de rousseur, de l'embrasser, de lui parler. La manière dont il la fait rêver.

« On part quand ? » murmure t-elle.
« Le check-out est à 12h. Il est 8h. Tu as un billet libre-accès ? » Elle hoche la tête. « Il y a un train à 10h30. »
« Ok. »

Hélène baisse les yeux, et Thomas se rapproche d'elle avant d'embrasser ses lèvres, tendrement.

Elle remarque qu'il n'a pas parlé des Tokio Hotel. Il aurait pu lui proposer d'attendre qu'ils sortent de l'hôtel (il le sait sûrement) mais il s'est contenté de ses choix à elle –partir pour Montpellier. Elle pensait que Thomas était le genre de fan à aller jusqu'au bout et à tout faire pour approcher ses idoles, mais il semblerait qu'il sache se sacrifier un peu.

(plus tard, bien après la tournée, Hélène apprendra que ce jour-là, les Tokio Hotel ne se sont pas arrêtés en sortant de l'hôtel par une sortie dérobée, enfouis dans leurs casquettes, bonnets et vestes larges)

Pour le moment, c'est ce qu'elle se dit, laissant Thomas l'embrasser et la toucher, ramenant ses longs cheveux dans son dos puis laissant sa main glisser pour effleurer la courbe de ses fesses et l'os de sa hanche, et elle oublie tout, répondant au baiser du garçon contre elle et le surplombant, un bras de chaque côté de sa tête, sa chevelure tombant en un lourd rideau autour d'eux, les isolant du monde extérieur.

Hélène détaille Thomas, ses yeux, son nez, ses joues, ses lèvres, sa pomme d'Adam saillante, et son cou où la peau est tendue, cachée par les colliers.

Elle détaille ses colliers.
Et ses doigts se crispent dans les draps.

Thomas est le genre de fan à aller jusqu'au bout.

Il y a un médiator en plus, un petit médiator bleu gribouillé d'une minuscule signature au stylo-feutre. L'encre est encore légèrement colorée de rouge, encore toute récemment apposée, et Hélène ferme les yeux avant d'embrasser Thomas, le c½ur douloureux.

C'est un médiator qui n'était pas là hier soir.

# Posté le jeudi 13 mars 2008 18:08

Modifié le dimanche 16 mars 2008 14:23

FicChapitre VIII

Dans le train après lequel ils ont couru et qui les emmène vers Montpellier, Thomas dort, et Hélène pense. Elle regarde les traits tendus du garçon à côté d'elle, appuyé contre la vitre sale. Thomas n'est jamais vraiment détendu, jamais vraiment reposé, même s'il semble employer chaque minute de son temps libre à dormir. Mais (Hélène surtout à la nuit précédente, et à la veille dans la file du concert) il dort moins qu'elle. Tokio Hotel passe avant son sommeil, avant sa santé, avant ses repas. Elle n'a jamais vu Thomas manger, il a toujours été éveillé avant elle. A bien y réfléchir, c'est la première fois qu'elle le voit dormir.

Mais même dans le sommeil, il y a des ombres sous les yeux de Thomas. Il cache des choses, beaucoup de choses. Le c½ur d'Hélène se serre quand elle voit les médiators autour de son cou.

Plutôt dans la matinée, au creux des bras de Thomas, elle a observé les colliers. Il y a une petite clé, une minuscule miniature d'une Flying V, une petite plume grise d'oreiller, une clé de guitare...et les médiators. Six, dont celui de la veille, presque flambant neuf.

Deux seulement sont signés : celui qui semble le plus vieux, et au contraire, le plus récent. La signature du petit médiator bleu est faite au stylo, nette, mais aucun prénom n'est nettement lisible, et Hélène ne reconnaît pas la signature –elle n'a pas l'habitude des dédicaces.

Cependant, sur le médiator le plus vieux, il y a un prénom gribouillé avec application, de la même manière que les petits garçons signent en tirant la langue, se trouvant une signature de grand.

Ce prénom, Hélène le reconnaît clairement. Il est dans tous les magazines, sur toutes les lèvres, dans toutes les têtes et dans tant de c½urs.

Tom.


Tout est très clair dans la tête d'Hélène.
Le corps de Thomas qui se tend en arrière, ses mains qui se referment sur un médiator, ses doigts qui placent habilement un préservatif sur son érection, ses ongles qui se plantent dans sa peau comme elle empoigne ses fesses et les serre et les écarte...

Le ventre d'Hélène lui fait très mal.

Elle voit Thomas et Tom dans un même lit, elle voit le corps qui était dans ses bras quelques heures avant, elle le voit dans les bras d'un autre, d'un homme, elle l'imagine embrasser Tom Kaulitz sur la bouche comme il l'a fait avec elle, imagine ses yeux assombris par le désir et la proximité.

Son c½ur s'emballe. Peut-être qu'elle va trop loin. Peut-être qu'ils sont simplement amis. Amis, pense t-elle amèrement, tu parles. Mais un garçon ne porterait pas les médiators d'un ami autour du cou comme un talisman. Un garçon allant voir un ami ne le cacherait pas à la fille avec laquelle il vient de coucher. Un garçon ayant un simple ami ne dissimulerait pas ses moindres faits et gestes.

Hélène détache son regard de Thomas, les yeux grands ouverts. Mon Dieu, pense t-elle, où je vais, là ?

Elle attendait énormément de cette tournée. Mais là, aux deux tiers de son périple, elle se sent très fatiguée, très lasse, et très seule. Elle se demande ce qu'elle fait dans ce train au lieu d'être chez elle, à éplucher les offres d'emploi en gardant un ½il sur son frère et sa s½ur.

Hélène baisse les yeux. Elle n'a pas donné de nouvelles à sa famille depuis le début de la tournée, malgré les SMS incessants qu'elle reçoit. D'un geste brusque, elle sort son téléphone et le rallume. 13 textos non lus, deux messages sur le répondeur. Elle tape le numéro de chez elle, et écoute sonner dans le vide avant qu'on décroche.

« Léah, lâche ce téléphone. »
« Mamaaan, Maxence m'a marché sur le pied ! »
« Chuuuut ! Allô ? »
« Maman ? C'est Hélène. »
« Hélène ! »

Aussitôt, des cris se font entendre dans le téléphone, si fort qu'Hélène l'éloigne de son oreille.

« Maman, maman, laisse-moi lui parler ! »
« Chuuuut ! »

Il y a des bruits indistincts, et Hélène entend soudain les voix plus nettement. Sa mère a du mettre le haut-parleur.

« Léah, Max. Maman. Vous allez bien ? »
« Oui, » « Non, Max est méchant, reviens, » « Chuuut. » Les voix se mêlent. « Et toi ? »
« Ça va. Je suis dans le train. »
« Tu vas où ? » s'exclame la voix de Léah.
« Montpellier. »

Les exclamations reprennent un instant, puis sa petite soeur reprend la parole.

« Alors, tu les as vus de très très près ? Tu leur as fait un bisou ? »
« Oui...mais, non. On ne peut pas. »

Son regard glisse un instant sur Thomas endormi.

« Ha, » fait la petite fille déçue, « et tu as vu Gustav ? » questionne t-elle fébrilement –c'est leur préféré à toutes les deux.
« On s'en fiche ! T'as vu Tom ? » interrompt Maxence.

Son petit frère s'était prit quelques semaines plus tôt, avant son départ, d'une admiration très virile pour le guitariste qu'il jugeait "trop super cool". Hélène avait rit quand Max avait parcouru l'appartement vêtu d'un tee-shirt et d'un jogging de leur père, vêtements beaucoup trop grands pour son corps de 8 ans, une casquette Pokémon lui tombant sur les yeux. Mais maintenant, elle n'a pas tellement la tête à parler à un admirateur du guitariste, et encore moins du guitariste en question.

« Oui, je les ai vus, » répond-elle brièvement. « Maman ? »
« Oui ? »
« Je peux te parler ? »

Sa voix est suppliante malgré elle. Il y a un petit silence à l'autre bout du fil, et elle entend sa mère chasser Léah et Maxence. Un clic annonçant la suppression du haut-parleur se fait entendre, et sa mère reprend la parole.

« Qu'est ce qu'il se passe ? Tu as un problème ? » s'inquiète t-elle.
« Non, enfin, pas vraiment...je...je me demandais...quand est-ce qu'on sait qu'on est vraiment amoureux ? »

Sa mère ne répond pas tout de suite. Venant de sa grande fille de presque 18 ans, la question doit la surprendre –pourtant, Hélène a déjà eu des petits amis...

« Tu ne tombes pas amoureuse d'un de ces quatre garçons, hein ? »
« Mais non ! » soupire t-elle en écarquillant les yeux. « Ne t'inquiète pas ! »
« Tu m'as fait peur...et bien, je ne sais pas. Je suppose que quand ce sera le bon, tu le sauras. »
« Maman, je sais que ce n'est pas le bon. Mais...j'ai l'impression que... »
« Que tu tombes amoureuse de lui, » termine sa mère d'un ton austère. « Et lui ? »

Hélène émet un petit rire fêlé.

« S'il ne fait pas ton bonheur, ne t'attache pas à lui. Je ne veux pas qu'un garçon sorti de nulle part te fasse du mal. »
« Mais je n'y arrive pas, maman, » fait-elle à voix basse, une boule dans la gorge.
« Hélène...quand reviens-tu ? »
« Dans quatre jours, » renifle t-elle. « Mais je repars, après. »
« Je sais. Tu es sûre de vouloir... »
« Oui. » son ton est assuré, malgré la larme qui coule sur sa joue. « Maman...je vais devoir raccrocher, je te reçois mal, je suis dans le train. Je t'aime fort. »

Sans attendre de réponse, elle raccroche, et regarde de ses yeux brouillés de larmes l'écran lumineux de son portable. Thomas semble être toujours en train de dormir, mais ils vont bientôt arriver, et elle va devoir le réveiller, dans quelques instants.

En attendant, elle porte sa main à sa bouche, tremblant et pleurant, étouffant ses légers sanglots. Je suis tombée amoureuse de Thomas, se dit-elle, et elle laisse les larmes couler.

# Posté le dimanche 16 mars 2008 14:20

FicChapitre IX

Durant tout le trajet jusqu'à la salle, et même une fois qu'ils sont parqués dans les grilles au milieu d'une petite centaine de fans, Hélène ne dit pas un mot, et Thomas non plus. Il n'a même pas montré de signe d'avoir entendu sa conversation dans le train –et tant mieux.

Hélène s'attendait à ce qu'il refasse son numéro de la veille, dépassant plusieurs dizaines de fans pour en rejoindre d'autres. Mais non, il s'installe simplement au bout de la queue, malgré la centaine de personnes qui les précède.

Elle est étonnée. Ce qu'il a eu la veille, quoi que ce soit, a du le satisfaire. Même si elle se doute que ce n'est pas la première fois : le regard qu'elle a surpris hier entre les deux garçons lui suffit pour le croire, de même que le peu qu'elle connaît du passé de Thomas.

Six ans, pense t-elle. Qu'a t-il fait en six ans ? Qu'ont-ils fait en six ans ? Et surtout...qu'est ce que c'est, deux jours, à côté de six longues années ?

Hélène jette un regard furtif à Thomas qui regarde devant lui, les yeux dans le vague, la tête calée contre la grille. Elle a tellement de questions à lui poser.

Et elle a tellement peur de ses réponses.

Ils parlent à peine de toute la journée. Thomas s'absente une petite demi-heure pour aller acheter à manger. Ils se partagent la nourriture et grignottent du bout des lèvre –ni l'un ni l'autre n'a vraiment faim.

Quand la nuit tombe, ils s'enroulent dans leurs vestes comme la température se rafraîchit, et baissent les yeux. Hélène joue avec un fil de son manteau. Elle est triste, au fond d'elle, et le silence ne l'aide pas.

« Tu vas faire la tête encore longtemps ? » finit par chuchoter Thomas, la faisant presque sursauter.
« Tu te moques de moi, » répond-elle d'un ton amer. « Comme si tu ne savais pas pourquoi je "fais la tête", comme tu dis. »
« Non, » fait-il d'une voix posée, « je ne sais pas. »

Hélène a le souffle coupé et ses yeux commencent à se remplir de larmes. Elle se sent stupide. Seule, ignorée et délaissée.

« Je ne t'ai rien promis, » poursuit Thomas en se tournant vers elle.
« Je le sais bien ! »

Ses yeux brûlent.

« Je voudrais tellement savoir... »
« Savoir quoi ? »
« Tout, » souffle t-elle.
« Comme ? »

Elle humecte rapidement ses lèvres. Ses mains tremblent, et elle les fourre dans ses poches.

« Qui es-tu ? »
« Tu le sais, non ? Je m'appelle Thomas, j'ai dix-huit ans, je suis né à Magdeburg, en Allemagne. »
« C'est pas ça que je veux savoir ! »

Hélène relève brusquement la tête et plante ses yeux brillants dans ceux, calmes et presque doux, de Thomas.

« Quel rôle tu as, vis à vis d'eux ? C'est quoi, ces coups de fils en allemand ? »

Il ne répond pas tout de suite. Evidemment. Hélène se demande s'il formule un mensonge dans sa tête, au moment où il répond.

« Je crois que si j'étais une fille, » commence t-il, « on m'appelerait "groupie". »

Hélène ferme les yeux avec force. Elle ne sait pas quel sens du mot Thomas utilise.
Alors tant pis. Elle veut être sûre d'une chose.

« Est-ce-que, » murmure t-elle, « est-ce-que tu as déjà couché avec Tom Kaulitz ? »

Il y a un silence, qui s'étire. Il semble interminable à Hélène, jusqu'à ce que la réponse de Thomas le brise. Ce n'est qu'un souffle, et elle n'est pas sûre de l'entendre ; de toute façon, elle la connaissait déjà, cette réponse.

« Oui. »

Mais elle ne peut s'empêcher de pleurer à nouveau.

# Posté le vendredi 04 avril 2008 17:25