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FicChapitre IV


Hélène se réveille sans être vraiment reposée, la joue appuyée contre le tissu usé du slim de Thomas. Il parle au téléphone –en Allemand- et sa main libre caresse sporadiquement la joue de l'adolescente.

« Ja. Für Hélène und mich. Mmmh. Nein ! Ja...danke schön. Bis bald, vatti. »

Il éteint son téléphone, et se penche vers l'avant, vers le visage d'Hélène.

« T'es réveillée ? »
« C'était qui ? » bâille t-elle en se redressant, ébouriffant ses cheveux.
« Personne, » fait-il en se penchant pour embrasser sa joue, « je nous trouvais juste une chambre d'hôtel. »
« Mmh. »

D'un coup d'½il à sa montre, Hélène apprend qu'il est 16h. Elle a dormi toute la matinée, et une bonne partie de l'après-midi. D'ici un peu plus d'une heure, ils entreront dans la salle. Et après...il y aura le concert.

Hélène frémit d'impatience et inspire profondément l'air du dehors.

Elle appuie sa tête contre les grilles et attend. Autour d'elle, les paroles bourdonnent, entrecoupées de rires et de voix chantant 1000 Meere. Thomas, à ses côtés, parle aux filles, tout en pianotant sur son portable. Lorsque Hélène se penche vers lui, pour poser sa tête sur son épaule, il sursaute et cache précipitamment son téléphone, la regardant avec des yeux ronds.

« Ha, tu m'as fait peur ! » se reprend-il, émettant un petit rire fêlé qui reste à moitié coincé dans sa gorge.

Hélène fronce les sourcils, suspicieuse, mais ne relève pas. Elle ne connaît pas Thomas depuis si longtemps, elle n'a pas à s'insurger qu'il lui cache sa vie privée, même –surtout- si il en a déjà révélé beaucoup.

« Qui voulais-tu que ce soit, » soupire t-elle, « le grand méchant loup ? »

Elle se laisse retomber mollement contre les grilles, et le petit sourire d'excuse de Thomas lui en arrache un aussi. Il prend sa main dans la sienne, et retourne à l'écriture de son texto, avant de ranger son portable une fois l'affaire expédiée. Marion, Elisabeth et Pauline n'ont rien dit, et ont continué à parler entre elles, se contentant d'échanger des regards lourds de sous-entendus.

Thomas ne dit pas un mot jusqu'à ce qu'ils rentrent dans la salle, et Hélène court avec lui jusqu'aux premières rangées, côté Tom. Ils se serrent les doigts, pressés l'un contre l'autre, son front contre sa mâchoire osseuse. Il caresse sa joue, la main un peu tremblante, et serre la jeune fille contre lui, au milieu de cette foule anonyme. Ils ont perdu les filles en se précipitant dans la fosse, mais peu importe.

Le seul son qui provient d'eux, c'est celui des battements de leurs c½urs. Ils ne font pas un bruit, au milieu de la fosse bruyante, se contentant de sourire et de souffler, stressés et mal à l'aise au milieu de tous ces inconnus.

Partout autour d'Hélène, il y a des corps qu'elle ne connaît pas, des peaux qui se collent furtivement à la sienne, des membres qui cognent parfois les siens. Hélène ne reconnaît que la main de Thomas, et quand le noir se fait, quand les cris fusent, quand la musique explose, quand tout devient anonyme, il n'y a plus que lui, et les quatre garçons sur la scène.

Seulement, un regard suffit à Hélène pour voir le visage de Thomas, bariolé de couleur par les projecteurs agressifs, et pour se rendre compte de quelque chose, pour qu'elle baisse la tête, pour que son c½ur cogne violemment dans sa poitrine, pour qu'elle serre plus fort la main de Thomas –sans réaction.

Si pour elle, il n'y a plus que lui et eux, pour Thomas, elle n'existe même plus.

Elle n'est qu'un poids au bout de sa main, un corps de plus dans la marée humaine qui le sépare de la scène...

« Hélène ?! »

Comme il l'a fait plus tôt, elle sursaute. Il la regarde, l'air inquiet, les lumières du spectacle jouant sur son visage et dans ses yeux. Le c½ur d'Hélène se réchauffe un peu, et elle lui sourit. Elle a un mal fou à se faire entendre, et elle profite de la fin de la chanson pour lui crier qu'elle va bien. Il répond à son sourire et se penche pour l'embrasser doucement et rapidement, juste au coin des lèvres. Elle se laisse faire, pas vraiment surprise, et se colle à lui, reportant son regard sur la scène et sentant avec plaisir sa main serrer la sienne plus fort.

Ils passent le reste du concert appuyés l'un contre l'autre. La voix de Bill fait oublier ses pensées à Hélène, et elle retrouve la vigueur des premiers concerts, brandissant avec Thomas leurs poings aux doigts entrelacés, chantant jusqu'à s'en casser la voix.

Quand, après les rappels, elle voit le groupe s'avancer pour lancer serviettes, médiators et baguettes dans la fosse, elle défait instinctivement la pression de ses doigts sur ceux de Thomas. Mais étonnement, il ne détache pas leurs mains, et se contente de regarder le lancer d'objets.

Hélène fronce les sourcils. Mais le corps de Thomas ne se lance pas en arrière, comme la dernière fois, pour attraper le médiator tant convoité, et il le laisse passer par-dessus sa tête. En tendant le bras comme il l'avait fait la veille, il aurait sûrement pu l'attraper. Mais non.

Elle lui lance un regard étonné. Il a les yeux baissés, et le pouce glissé sous les fils de ses colliers, un léger sourire aux lèvres. Il relève la tête pour joindre sa voix au « Danke schön » général, et lève son bras en un geste d'au revoir. Hélène fait de même.

Thomas la tire par la main pour s'extirper de la fosse, rejoignant la sortie lentement. Hélène a chaud, mal aux jambes, mais elle n'est pas vraiment fatiguée. Ce n'est qu'en regardant sa montre qu'elle se souvient de l'hôtel, voyant l'adresse à moitié effacée, qui est toujours écrite sur sa main.

Malgré ses questionnements, elle a un frisson d'excitation à l'idée de les voir de près, et elle se laisse entraîner par Thomas. Dans le bus, elle voit quelques fans, mais pas tellement. Thomas, à côté d'elle, farfouille dans son sac pour en sortir son téléphone portable. Il pianote rapidement dessus, lit un message, un autre, plus passe un coup de fil, regardant par la fenêtre du bus.

« Vatti ? Wir kommen an. Ja. In...mh...sehr bald, » rigole t-il. « Ja. O.K. »

Il raccroche et met son portable dans sa poche. Hélène, même si elle n'a rien compris, n'a pas perdu une miette de la (brève) conversation.

« A qui tu téléphones comme ça ? »
« Tu ne parles pas allemand ? » fait-il surpris.
« Non...pas du tout. »
« Je t'apprendrais, » sourit-il en posant un baiser sur son front. « On arrive bientôt. »

Le reste du trajet se passe en silence, et elle ne peut s'empêcher de remarquer qu'il n'a toujours pas répondu.

# Posté le dimanche 09 mars 2008 07:39

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