Blottie dans son siège, Hélène finit sa nuit, et elle somnole quand le contrôleur la réveille d'une main posée sur son épaule.
« Billet, s'il vous plaît. »
Elle montre son billet composté à l'homme en uniforme, et se renfonce dans son siège.
« Heu...j'ai pas mon billet, » entend-elle vaguement.
« Pourquoi ? »
« Bah, j'en ai pas. J'avais pas assez d'argent. »
L'agent soupire et commence à rédiger une amende. Hélène rouvre un ½il, regardant le garçon en face d'elle qui sourit d'un air un peu gêné, un peu effronté aussi, au contrôleur fatigué, l'observant derrière sa mèche brune. Elle le connaît, ce garçon, elle connaît son tee-shirt Gibson et son slim en jean clair et délavé, et surtout, elle connaît ses mains et leur chaleur.
Et son regard marron qui se pose sur elle.
« Ha, t'es réveillée, » sourit-il, réceptionnant son amende avec la même nonchalance que si elle avait été une baguette de pain. Il attend que le contrôleur se soit éloigné, et la froisse dans son poing avant de la fourrer dans le cendrier. Il s'affale dans son siège, la multitude de pendentifs qu'il porte s'entrechoquant dans un léger bruit. Elle voit quelques médiators, une minuscule guitare barbouillée par un graffiti au feutre, un cadenas...
« Je m'appelle Thomas, » fait-il.
« Hélène, » marmonne t-elle vaguement.
« J'espère que ça te dérange pas que je me sois assis là. Je t'ai reconnue, tu sais, du concert... »
Pendant qu'il parle, elle continue à le détailler. Sur ses bras, il y a quelques signatures presque invisibles, qui se sont peu à peu effacées. Ses converses sont rapiécées, gribouillées de mots et de symboles, et elle reconnaît les fameux lacets à étoiles.
« Thomas, » répète t-elle. « C'est une blague ? »
« Non, » dit-il sans perdre son sourire. « Ça fait toujours son petit effet. »
« Mmh. Tu es d'où ? »
« Paris. Et toi ? »
« Moi aussi. »
Il y a un petit silence et Thomas demande :
« C'était ton premier concert de la tournée ? »
« Non. Le sixième, » répond-elle d'un petit ton fier. « Sur douze. »
« Seulement ? »
« Et toi ? » demande Hélène, haussant les sourcils, agacée de ce manque de réaction.
« Vingt-quatre. »
Vingt-quatre, pense t-elle avec incrédulité. Vingt-quatre sur...vingt-quatre.
Hélène sent un élan d'admiration et d'envie la pousser. Elle se penche vers Thomas qui continue à lui parler.
« Tu as fait le Bénélux ? »
« Oui... »
« Et tu fais le reste de la France, après ? »
« Et la Suisse. »
« En gros, tu ne fais que les dates francophones, » sourit-il.
« Non. Dortmund, à la fin du mois, » réplique t-elle doucement mais fermement.
« Ha, on se reverra là-bas, alors. »
Il se tait. Hélène se demande quels sujets de conversation pourraient intéresser un garçon comme lui. Elle cherche encore quand la sonnerie du portable de Thomas se fait entendre. Elle a le temps de reconnaître la fameuse intro d'Ich Brech Aus avant qu'il ne décroche.
« Allô ? Ha, ja. Hallo. Wie geht's ? »
Il rit et commence à baragouiner en allemand. Il rigole à nouveau, et laisse échapper une petite exclamation ravie. Il tapote le genou d'Hélène, et lui mime le geste d'écrire. Elle lui tend un stylo, et Thomas cale son portable entre son épaule et sa mâchoire pour écrire quelque chose sur son poignet.
« Ja...ja. Mmh. Danke schöööön ! Jaaa, ich auch. »
Thomas raccroche, range son portable, et attrape le poignet d'Hélène. Il s'apprête à écrire quelque chose, mais suspend son geste :
« Tu vas aux hôtels ? »
Et Hélène comprend. Elle secoue la tête. Même si elle fait beaucoup de concerts, elle les fait en solitaire, par manque de contacts. Thomas, lui, a des relations. Et ce qu'il lui écrit sur le poignet, c'est...
« L'adresse de l'hôtel de Dijon. On ira ensemble, si tu veux. »
Elle opine et regarde l'adresse (franchement mal) écrite sur son poignet.
« Tu fais souvent les hôtels ? »
« Chaque fois, » sourit Thomas en tendant son bras, faisant glisser un doigt le long de la peau agrémentée de signatures presque effacées. Il désigne une marque rose brunâtre –une signature aussi.
« Ça, c'était il y a quelques mois. Elle est restée, j'ai fait une allergie à l'encre du feutre... »
Hélène sourit et tend timidement la main. Du bout des doigts, elle trace le contour de l'espèce de cicatrice.
« Ça fait longtemps que tu les connais ? » demande t-elle à mi-voix.
« Six ans. »
C'est presque un choc. Hélène sent son c½ur cogner brusquement, frappé un mélange d'incrédulité et d'admiration. Et d'envie.
« Depuis Devilish ? »
« Mmh. Mon père est Allemand, donc j'ai grandi là-bas. C'est ce qu'on lit dans toutes les mauvaises fanfics, tu vois ? J'avais douze ans, j'habitais Magdebourg, et je commençais ma crise d'adolescence, en passant plus de temps dans les petites salles de concert qu'à l'école. Je les ai trouvés un soir dans une toute petite salle. Le guitariste bouffait ses dreads en jouant, le chanteur était en mini-short, le batteur était invisible et le bassiste bavait quasiment sur sa basse. Après leur show, je les ai attendus dans le froid, et je leur ai demandé leur nom. Le petit chanteur tremblait dans son short, et il voulait pas me croire. Leur mère attendait derrière. "Devilish", m'a soufflé le guitariste en empoignant la main de son frère, et ils sont partis. Le bassiste m'a donné la date du concert suivant, et j'y étais. Et ainsi de suite... »
Thomas avait raconté tout cela avec un ton doux et rêveur. Hélène se rendait bien compte qu'elle n'était pas la première à qui il racontait sa rencontre avec le groupe. C'était, après tout, un sujet de conversation courant entre les fans –à celui qui les connaissait depuis le plus longtemps...
« Et pourquoi tu ne vis plus en Allemagne ? »
« Mes parents ont divorcé. Je vis avec ma mère à Paris. »
Hélène hoche la tête. Sa main est allée enlacer le poignet de Thomas, et pas une fois, il lui vient à l'esprit qu'il pourrait mentir.
Tout au long de son récit, ses doigts sont allés jouer avec ses médiators, et le doux son de cliquetis ressemble à celui d'une serrure qui s'ouvre lentement.
Voilà, la suite. L'histoire de Thomas se précise...
1000 Meere merci à Mélissa pour la photo :') je vous présente mon inspiration principale pour le physique d'Hélène...^^
S'il vous prend des mouvements soudains de faire des fanarts ou des fanpics de DHM, envoyez-les moi... =)