Il est debout à côté d'elle, pressé contre la barrière, à sa droite. Elle, elle s'agrippe d'une main à la barrière de métal moite, et de l'autre, elle couvre son visage. Sa tête lui tourne, et elle la garde baissée depuis quelques secondes, pour reprendre ses esprits sans se faire virer de la fosse.
Autour d'elle –autour d'eux- il n'y a que des cris et des corps. Des filles, surtout. De la sueur, du maquillage, des bracelets en plastique, des tee-shirts en coton et des bouts de papier froissés.
Et en face d'eux, il y a toute leur vie.
Quatre garçons qui s'acharnent sur des cordes de guitare, qui frappent des caisses ou qui chantent à pleins poumons. En somme, quatre garçons qui font de la musique, et à travers laquelle Hélène peine à entendre la voix du garçon qui crie à côté d'elle pour se faire entendre.
« Ça va ?! »
Elle hoche rapidement la tête. Il lui sourit, et fait signe à un vigile proche, qui lui tend une bouteille d'eau. Elle en boit deux petites gorgées, puis rend la bouteille au garçon. Qui prend sa main en échange. Et ne la lâche pas.
L'échange n'a duré que quelques secondes, mais ça suffit à la requinquer. Et rapidement, elle hurle, comme les autres, la main du garçon toujours serrée dans la sienne.
Les chansons s'enchaînent et les fans se déchaînent. Hélène serre sans doute trop fort la main de l'autre, mais elle n'y fait pas vraiment attention. Il fait chaud dans la fosse, mais pourtant, la main du garçon n'est pas moite. Elle est chaude, un peu sèche, et aucunement désagréable. En fait, elle n'a pas l'impression de serrer une main inconnue.
Quand le concert touche à sa fin, après les rappels, les quatre jeunes hommes viennent sur le devant de la scène, et lancent leurs serviettes, médiators, baguettes.
Et le garçon lâche sa main. Il lâche sa main et lève les siennes haut, très haut, se hissant sur la pointe des pieds. Il se cambre vers l'arrière, et attrape de peu le médiator du guitariste.
Des filles, derrière, crient des protestations et des insultes, et tentent de lui arracher, mais il le serre fort dans son poing, un immense sourire aux lèvres. Il ne fait pas attention aux filles qui tirent sur son tee-shirt, qui l'insultent et le poussent, non, il se contente de serrer le petit médiator.
Il ne reprend pas sa main dans la sienne.
Peu à peu, la foule se disperse. Les gens commencent à sortir de la salle, dans un confortable brouhaha, assourdi par le bourdonnement de ses oreilles.
Hélène sort, suivant le mouvement, ne lâchant pas du regard le garçon qui se hâte vers la sortie. Elle le perd cependant du regard après quelques mouvements de foule, et hausse les épaules. Elle redresse son sac, calant la bandoulière contre son épaule.
L'air froid la frappe après la chaleur moite de la salle, et elle se dirige doucement vers le métro, non loin de la salle. Dans le train, elle fouille son sac, et en extirpe sa précieuse enveloppe de papier kraft. Dedans, une dizaine de places de concert, et encore plus de billets de train.
Elle met le billet Paris-Dijon en évidence, dans l'enveloppe, sur le dessus des autres. Hélène sourit, et frémit, serrant son enveloppe dans ses doigts tremblants.
Quelques changements plus tard, elle se retrouve dans une gare quasiment déserte. Des SDF et des voyageurs dorment sur des bancs, ou à même le sol. Elle se faufile jusqu'aux toilettes de la gare. Rapidement, elle trouve une cabine vide et pas trop sale, où elle se blottit pour la nuit.
Son train part avant 7h du matin.
Hélène a du mal à s'endormir, les mains désespérément froides.
Bon. Voilà. Premier Chapitre de Die Himmelsmechanik (DHM pour les intimes <<')
Je me doute que la plupart des gens ici l'ont déjà lu sur Nokaia, mais bon. Still. Vos avis, compliments, insultes, demandes en mariage, menaces de morts ?
Pix? Illustration du début du chapitre. Par moi UU'