Thomas dégage doucement son poignet, et prend la main d'Hélène dans la sienne. Elle se renfonce dans son siège et soupire doucement. Leur train va arriver dans quelques minutes à Dijon. Hélène ferme les yeux.
Le pouce de Thomas caresse sa main. Tout va bien. Elle va aller voir son groupe préféré en concert, une fois de plus, et elle a rencontré un garçon adorable et aussi fan qu'elle –plus fan qu'elle, même.
Bientôt, une voix grésille dans les haut-parleurs, annonçant l'arrivée imminente à Dijon. Thomas se lève, entraînant Hélène avec lui dans un rire impatient. Ils récupèrent leurs sacs, et vont se placer à côté de la sortie.
Dès qu'ils sortent du train, Thomas l'entraîne vers les transports en commun. Il sait exactement où aller, et durant le trajet qui les emmène devant la salle, il interroge des gens pour savoir où se trouve l'hôtel, et obtient le placement exact.
Hélène est impressionnée. Thomas converse aimablement avec une vieille dame engoncée dans un manteau de fourrure, qui vient de lui donner l'itinéraire pour se rendre jusqu'à l'hôtel.
« T'es à l'aise avec les gens, » fait-elle alors qu'ils arrivent devant la salle.
Thomas hausse les épaules, la main en visière comme il observe la salle. Il est tôt, 9h et demi à peine. Mais il y a déjà des dizaines de fans devant la salle : certains ont dormi devant. Thomas en salue quelques-uns, échange quelques mots, et en disant bonjour aux uns et aux autres, en profite pour s'avancer un peu, dépassant de nombreux adolescents.
Tous semblent le connaître, et ça n'a rien d'étonnant aux yeux d'Hélène. C'est toujours comme ça, les fans les plus acharnés ont une petite célébrité dans le milieu, attirant la convoitise, la jalousie, l'envie, l'admiration.
« THOMAS ! » crie une voix, à l'avant de la queue. « Hey, viens avec nous ! »
Hélène tourne la tête. Des filles font signe à Thomas, l'invitant à le rejoindre. Avec un petit sourire, et tout en tenant Hélène par la main, il s'exécute.
Elle ne connaît personne, bien sûr, mais lui distribue une tournée de bises. Marion-Pauline-Aurélie-Elisabeth, se présentent-elles quand Hélène les salue à son tour, avant de s'asseoir en même temps qu'elles. Aussitôt, Thomas se lance dans une description détaillée du concert de Paris, Marion et Aurélie pendues à ses lèvres pendant que Pauline téléphone et qu'Elisabeth échange quelques mots avec Hélène.
« Ça fait longtemps que tu connais Thomas ? » demande la jeune adolescente aux cheveux châtains à Hélène.
« Mmh, depuis hier soir, en fait. On se connaît pas vraiment. »
« Ha. Nous, on le connaît depuis le concert à Nancy, en avril dernier. Enfin, Aurélie le connaît depuis octobre seulement. Le 483 tour en France, » ajoute t-elle sur un ton d'expert.
Hélène hoche la tête doucement. Elle n'est pas très bavarde. Thomas aime parler, lui. Et ça se voit. Il parle avec passion du concert de la veille, avec de grands gestes des mains et de la tête, tordant son cou ou se penchant vers l'avant, faisant cliqueter ses colliers.
« C'était ton premier concert ? » demande Elisabeth.
Elle fronce les sourcils. Décidément, c'est une manie...
« Non, j'avais fait tous ceux avant. »
« Du 1000 ou de toutes les tournées ? »
« Du 1000 Hotels Tour...et toi ? »
Elisabeth hausse les épaules.
« J'ai fait Nancy en avril, avec Marion. Puis Lyon et Clermont-Ferrand en octobre, avec Pauline et Aurélie. Et là...c'est ma première date. Puis y'aura Genève, et c'est tout. »
Hélène hoche la tête et entoure ses genoux de ses bras. Elisabeth semble lasse, déjà. Mais elle remarque rapidement que la jeune fille arrache les petites peaux de ses doigts avec l'ongle de son pouce, et comprend l'état de stress dans lequel elle se trouve. Elle jette un rapide regard aux trois autres. Pauline a éteint son téléphone, et Aurélie donne des nouvelles d'elles à Thomas –apparemment, elles n'ont pas été en contact avec lui depuis un moment.
« Il est mignon, Thomas, hmm ? »
« Quoi ? »
Elle se tourne vers Elisabeth. Celle-ci regarde Aurélie qui parle, soulignant parfois son propos d'un geste de la main. Elle rit et ses yeux brillent comme elle regarde Thomas, qui l'observe avec un petit sourire.
« Aurélie tombe dans le panneau, » continue l'adolescente d'une voix chantante.
« Comment ça ? »
« Oh, tous les beaux garçons, c'est comme ça. Enfin, les beaux garçons... » (elle fronce son nez dans une moue dépréciative) « Thomas, c'est le genre de mec qui plaît aux fans de Bill, quoi... »
Hélène ne répond pas. C'est vrai que Thomas n'est pas spécialement beau. Il est très osseux, mou, il donne l'impression d'une poupée de chiffon. Mais dans son nez retroussé piqué de quelques taches de rousseur, dans ses traits encore poupins, dans ses lèvres minces et bien dessinées, il y a de quoi compenser ses dents qui se chevauchent légèrement, ses yeux d'un marron banal et ses cils trop courts.
« Et puis il parle bien, » soupire Elisabeth, s'étendant sur le dos. « aaah, j'vais encore devoir réparer les pots cassés. »
« Encore ? »
« Mmh. Il a fait le coup du "je suis un beau gosse sensible sorti de nulle part qui a les mêmes goûts que toi" à Pauline en avril. Apparemment, hors tournées, il hiberne. Il n'a jamais recontacté Pauline, et pourtant, elle était bien accrochée. Elle ne voulait pas le revoir, mais Aurélie l'a fait venir, alors voilà... »
« Tu dis du mal de moi, Elisabeth ? » demande Thomas en se tournant vers elles. Il a semble t-il fini de parler avec les autres, qui parlementent à présent avec un vigile pour pouvoir sortir des grilles et aller acheter de la nourriture.
« Mais non, » fait-elle, roulant des yeux. « Attendez ! Je viens ! » crie t-elle aux filles qui partent, sous le regard d'un vigile mâchant le chewing-gum qui a servi de pot-de-vin.
Thomas se rapproche d'Hélène et regarde Elisabeth partir. Hélène tripote une mèche de ses longs cheveux, attendant qu'il prenne la parole. Il pose sa tête sur son épaule, et bâille.
« Je suis crevé... »
« T'as pas dormi ? T'as dormi où, toi, au fait ? »
« Mmh, non, j'ai dormi une ou deux heures, » marmonne t-il, enfouissant son visage dans les cheveux d'Hélène et ne répondant qu'à la moitié de la question. « Et toi ? »
« Dans la gare, » souffle t-elle, tendue.
« Oh. C'est dangereux, tu devrais pas. Ce soir, c'est la fête, on dort à l'hôtel, ok ? »
« Hmmm. »
Thomas rit doucement contre son cou, et se réinstalle plus confortablement, pour commencer à somnoler au bout de quelques minutes, rapidement suivi par Hélène.
Quand les filles reviennent, peu après, ils dorment. Elisabeth tend la main pour les réveiller, mais Pauline arrête son geste, et montre d'un signe de tête leurs mains glissées l'une dans l'autre. Elle hausse les épaules, et se détourne, sans un mot.
Pas (encore) d'illustration. La flemme =D
J'vais poster les chapitre restants et je mettrai à jour avec les illus plus tard. Veuala.
Faites-moi de la pub, hm. (L)